Ex étudiants Ile de France

Ex étudiants dans l’asso toum ayant suivi cours et stages jusqu’à l’enseignement, jusqu’à un ou  plusieurs diplômes et même jusqu’au 3e, 4e ou 5e duan, les duans techniques, pour certains. En Ile-de-France :

Sophie Lahayville : www.tai-chi-chuan-studio.com/
Franck Volang en région parisienne : www.usmr-artsmartiaux.fr/les-sections/taï-chi-chuan/
Corinne Créance en région parisienne : www.shanshui-taichi.com
Roger Benchetrit en région parisienne : www.facebook.com/roger.benchetrit.7

 

extrait de Energies N°17

Nous avons rencontré maître Tung Kai-Ying lors de son passage à Paris, où, sans publicité aucune, il vient superviser les pratiquants du style Tung.
Il les encourage à l’approfondissement permanent des principes essentiels du Tai Ji Quan. Il parle peu dans ses cours mais donne des indications très subtiles. Même si son Art est très supérieur à celui de ses élèves – même les plus anciens – il reste amical, toujours prêt à répondre à une question, à raconter une histoire sur le Tai Ji ou sur ses élèves d’Amérique, d’Asie et d’Europe.

Comment concevez-vous la pratique du Tai-Ji Quan ?
Tung Kai-Ying : Les Classiques du Taï Ji Quan disent qu’un écart d’un centimètre fait perdre 1000 kilomètres. Le « secret » réside dans la pratique, une pratique intelligente et éveillée. Mieux vaut pratiquer cinq minutes en étant concentré, plutôt que cinq heures sans l’être. Si on dit qu’on peut apprendre le Taï Ji en 10 ans, il faut savoir que c’est 10 années d’une pratique profonde et réfléchie. Passer simplement son temps à s’entraîner ne suffit pas et dès que vous ne cherchez pas à approfondir la forme, votre Taï Ji Quan ne progresse plus.

On trouve, dans les Classiques, des phrases sur le Taï Ji Quan qui semblent très  » mystiques ». Comment les expliquez-vous ?
Tung Kai-Ying : Elles font référence au « vrai sens du Tai Ji Quan » et au « rôle de l’esprit dans la pratique ». Il semble que ces idées soient plus qu’une aide pratique pour l’élève ; leur aspect « mystique » ne se révèle qu’après de longues années de pratique. Le vrai sens d’une posture se rapporte à son application martiale et l’usage de l’esprit se rapporte à la stratégie. Le Tai Ji Quan, fait appel à d’autres qualités que le seul sens de la stratégie ; la sensibilité, le calme intérieur et l’agilité physique importent aussi. Le Tai Ji Quan doit être appréhendé avec sagesse, avec la conscience du chemin à parcourir. C’est plus qu’un simple combat. C’est un Art.

Qu’est-ce qu’on entend par Art ?
Tung Kai-Ying : Si l’on veut faire bouger son adversaire, il faut avant tout être capable de développer le Jing, qui ne provient pas des applications martiales mais de l’exercice de la poussée des mains et de l’enchaînement lent.. Dans la poussée des mains, ou Tuishou, on réagit spontanément par un mouvement approprié. Tant que la forme n’est pas efficace, cette pratique demande la coopération d’un partenaire. Par la suite, on peut contrôler un adversaire comme un pêcheur contrôle un poisson au bout de sa ligne. L’habileté dans la poussée des mains n’est pas seulement déterminée par les capacités physiques de chacun. Si quelqu’un est naturellement plus fort ou plus rapide, il aura l’avantage dans un premier temps. Mais YANG Lu-Chan, apellé YANG l’Invincible, était de frêle constitution et n’avait aucun de ces avantages. En appliquant les principes du Taï Ji Quan, il fut imbattable toute sa vie.

II est donc possible d’utiliser le Tai-Ji Quan en auto-défense ?
Tung Kai-Ying : Quand le Taï Ji Quan est utilisé en auto-défense, la première règle cardinale est de ne pas utiliser force contre force. Il faut plutôt utiliser une petite force pour dévier une grande force. Il faut appliquer le principe mécanique de la physique. Toute personne a sa sensibilité. Par exemple, si vous donnez un coup de poing à quelqu’un, cette personne bloquera ou esquivera. Elle ne restera sûrement pas là debout en vous laissant frapper. La self-défense est un instinct humain naturel.

Il s’agit bien de dévier une poussée sans résister ?
Tung Kai-Ying : Oui. C’est une sorte de force droite. Vous devez vous comparer à un fouet qui s’enroule et enveloppe l’assaillant. Sa force sera alors annihilée et il aura du mal à se débarrasser de vous. Plus concrètement, supposons que vous adhériez au bras qui vous pousse et guidiez ce bras vers le côté ; sa force sera dispersée et il sera tout empêtré.

La force de l’adversaire est-elle bien annihilée par « la neutralisation élastique » ?
Tung Kai-Ying : II est clair que l’on peut répondre à une attaque douce avec une « force neutralisante élastique ». Bien des pratiquants sont accoutumés à cela ! Mais cette force ne peut contrôler un coup fulgurant, un adversaire puissant : ils faut alors connaître la technique de réaction immédiate. La technique utilisée pour y faire face est celle dite de  » la force soudaine ». Ni trop tôt, ni trop tard. Cette force est comme l’embuscade qui dévaste l’ennemi. La poussée de votre adversaire est à peine commencée, mais pas encore développée, son bras n’est pas encore déployé, vous coupez soudainement avec votre « force jaillissante ». Il ne peut changer le cours de sa direction et doit donc subir. Pour apprendre la technique de cette force soudaine, il faut un enseignement authentique. Et ne pas oublier, que l’on soit en face d’un partenaire en faisant le TuiShou ou d’un adversaire dans un combat, que les méthodes et techniques viennent de l’intérieur.

Quand vous faites face à une opposition, est-il utile d’avoir une posture spéciale ?
Tung Kai-Ying : C’est inutile car l’attaque est aussi imprévisible que le sont, à la guerre, attaque ou défense. Dans la pratique quotidienne, vous devez maintenir la force de votre esprit (énergie intérieure) ininterrompue et régulière. Mais quand vous faites face à un adversaire et que tout à coup vous déclenchez l’énergie, élastique, l’apparence extérieure de cette énergie semble être rompue, mais la force intérieure, à aucun moment ne vous fera défaut. Un pratiquant accompli ne vacille pas sous l’attaque. Il s’ajuste automatiquement à la situation. Comme pour apprendre la table de multiplication, il doit construire auparavant une fondation solide, avec persévérance, répéter et répéter. Le résultat sera que les futures « applications » par lesquelles il réagira viendront avec aisance.

Quelle est la première nécessité face à un adversaire ?
Tung Kai-Ying : C’est la vigilance, comme s’il était sous votre contrôle. Cherchez en quel point il peut perdre son équilibre, visez ce point et il tombera directement. Cela est comparable à l’essai, infructueux, d’abattre un arbre : Après avoir ébranlé ses racines, il est plus facile de l’arracher. Tant que votre adversaire est immobile, vous restez calme. Quand il bouge légèrement, vous bougez avant lui. Ceci pour dire que quand vous êtes calme, vous devez vous concentrer sur lui et être vigilant. Au moment où il bouge, vous pouvez donc bouger avant lui. C’est analogue à ce que l’on appelle, lors d’un duel, (ou dans les westerns), l’art de « dégainer le premier ».

II faut suivre ses mouvements ?
Tung Kai-Ying : Et éviter l’automatisme. Si automatisme il y a, il peut se trouver une fraction de seconde pendant laquelle vous êtes vulnérable. Si vous suivez votre adversaire, alors vous bougez librement, sans encombre. Le principe peut sembler mystérieux mais il ne l’est pas vraiment. Vous devez atteindre cet état de développement pour réaliser cela. Souvent les gens aiment à chercher plus loin plutôt que saisir ce qui est proche. Vous devez savoir qu’être calme et attendre le moment opportun pour frapper, c’est littéralement « la chance à portée de main ». Mais s’agiter sans but et sans espoir, en cherchant une ouverture en haut comme en bas, c’est commettre l’erreur de délaisser ce qui est à portée de main pour ce qui est au loin.

L’énergie élastique est-elle repérable ?
Tung Kai-Ying : Elle est latente. Comme un ballon plein d’air, comme un arc complètement tendu. Quand l’opposant presse votre épaule, il faut qu’il la sente aussi souple qu’une balle mais sans pouvoir la faire céder. Ceci le déconcerte. Pendant qu’il hésite, votre énergie élastique est déjà tendue comme l’arc et part comme la flèche. Le Tai Ji Quan fait partie des systèmes internes. Il demande que l’énergie élastique soit en réserve dans les tendons. Tous les mouvements sont dirigés par la volonté, sans effort exténuant. Cela ne demande pas une peau endurcie et des mains calleuses. Ni plaies, ni bosses n’en résulteront, ni même d’élongations musculaires Après avoir appris à interpréter l’énergie, continuez à pratiquer. Plus d’entraînement vous familiarisera. Plus de pratique vous permettra d’acquérir une subtilité sans fin. Concentrez-vous sur ce que votre maître vous a enseigné comme techniques diverses, et étudiez ses mouvements. Quand tout cela vous sera totalement familier, vous aurez atteint l’étape où votre volonté dirigera intégralement vos mains. Peu à peu, volonté et mains seront unies comme il faut. L’étude du Taï Ji Quan amène la véritable connaissance. Une totale familiarité entraîne une réponse bien adaptée aux situations inattendues. Les mains effectuent automatiquement ce que l’esprit commande.

La conscience est donc maîtresse de l’ensemble ?
Tung Kai-Ying : Elle supervise toutes les activités. Quand elle est présente, les progrès sont rapides. Quand elle est absente, l’activité s’arrête. En pratiquant le Taï Ji Quan, on doit élever sa conscience. Trois points doivent être gardés en mémoire : l’attention, la concentration, les postures correctes. Quand ces trois points sont respectés, de rapides progrès peuvent être faits. Il y a une sensation différente chaque jour. Si les postures sont incorrectes, si manquent l’attention et la concentration, pratiquer est aussi futile qu’allumer un feu sous une marmite vide. Rien de bon ne peut en résulter.

Des pratiquants assidus, depuis plusieurs années peuvent-ils se trouver face à des adversaires et s’apercevoir alors que leurs techniques sont inefficaces ?
Tung Kai-Ying : Cela arrive : l’un utilise par exemple la force brute dans sa pratique quotidienne, effectuée de manière médiocre et en « double lourdeur » (sans agilité) en négligeant le principe du vide et du plein , un autre, ayant pratiqué pendant quelques années sans utiliser la moindre force, ne peut contrôler un enfant de dix ans, ses mouvements se font sans aucun effort comme un saule se balançant au vent : en double légèreté, et en négligeant, là aussi le principe du « vide et du plein ». Lorsqu’on apprend le Taï Ji Chuan, il faut commencer par apprendre les postures correctes, puis s’exercer à une totale aisance, enfin, il faut que l’exercice devienne tout à fait familier. Y compris le Tuishou ! Afin de comprendre les diverses forces élastiques, il faut se trouver dans le domaine du mouvement conscient, alors se fera graduellement la compréhension et l’interprétation et des applications des diverses forces.

Il n’est pas facile pour tout le monde d’avoir un partenaire quotidiennement… Faut-il alors insister sur l’aspect « Personne, quelqu’un/ Quelqu’un, personne » ?
Tung Kai-Ying : Si l’on n’a pas de partenaire, il faut en effet augmenter la pratique quotidienne, s’exercer davantage, sentir avec les mains, imaginer comment faire face à un adversaire, comment chacun des mouvements de la Forme est une réponse. Toutes ces méthodes s’ajoutent aux connaissances acquises pour comprendre finalement l’interprétation de la force. Il faut se souvenir que, si un adversaire attaque le haut du corps, le bas du corps peut aussi être atteint! Pendant l’avancée, il faut se préparer au recul. Grand cercle, petit cercle, différenciation du Yin et du Yang, pas légers ou fermes, tous ces mouvements sont répétés et répétés… La pratique quotidienne est bien la fondation sur laquelle tout se construit !

Propos recueillis par Anya Méot dans le magazine « ENERGIES » N°17 (Juillet-Août 2002)
(photos : J. Vayriot)

extrait de Karaté Bushido N°171

Il y a environ 70 ans, à Pékin, Tung Ying-Chieh (Dong Ying Jie) ouvrit l’une des quelques rares écoles de Taï Chi Chuan. Il enseigna tout ce qu’il savait à son fils Hu-Ling qui l’aida à ouvrir d’autres écoles. Les deux générations Tung enseignaient à Pékin, Hong Kong, en Malaisie et en Thaïlande. En 1967, Tung Hu-Ling visita les Etats-Unis pour y susciter plus d’intérêt pour son art. Avant de revenir à Hong Kong, il promit qu’il visiterait à nouveau les Etats-Unis et y resterait plus longtemps s’il voyait croître l’intérêt pour le Taï Chi Chuan. L’intérêt pour cet art s’y développa ; en effet Tung y retourna comme promis et y fonda diverses écoles à Hawaï et en Californie.
Comme il lui devenait difficile de s’occuper seul de tous ses étudiants, il appela de Hong Kong l’un de ses fils, Kai-Ying.
Agé de 50 ans, Tung Kai-Ying est un expert de Taï Chi Chuan de la 2ème génération. Nommé par son fameux grand-père, Kai-Ying signifie « perpétuer la valeur et la renommée de son grand-père ». Ainé de quatre enfants, Tung commença à étudier le Taï Chi Chuan à Pékin, sa ville natale à l’âge de 8 ans, et reçut le titre de professeur (équivalent de sen-seï en japonais) quand il avait juste 17 ans.
Le jeune Tung avait voyagé à travers Singapour, la Malaisie et la Thaïlande, faisant partout la preuve de son talent. Sa femme et lui arrivèrent à Hawaï pour la première fois en 1969. En février 1971, ils déménagèrent à Los Angeles et y établirent la « Kai-Ying Tung Academy of Taï Chi Chua » au 3605 Sunset bld. Le propos de base du Taï Chi Chuan, explique Tung, c’est de vivre en meilleure santé par des exercices appropriés. Cependant, il en découle deux autres desseins : l’application de l’art au sport, et l’application de l’art à la self défense. Pour apprécier pleinement l’aspect exercice, l’étudiant doit se familiariser avec le principe du Taï Chi Chuan (Faîte Suprême). Le Chi est considéré comme le cœur central du Taï Chi Chuan (Poing du Faîte Suprême). C’est un concept semblable à celui du Ki en Aïkido. C’est une force mentale qui donne à celui qui l’utilise plus de puissance et de vigueur quand elle se combine à la force physique.
« II y a à la base 81 ou 108 mouvements ou postures » dit Tung. « Ces postures peuvent être étudiées en 3 ou 4 mois d’apprentissage sérieux. Tous les mouvements sont faits avec le corps détendu et calme, mais l’esprit concentré. Comme les mouvements d’un chat, ils sont légers et fermes. Quand vous reculez, vous touchez d’abord le sol par les orteils ; quand vous avancez, c’est d’abord le talon. Le ressort essentiel du mouvement réside dans la taille. Les mouvements essentiels des membres sont lents et ceux de la taille sont fluides. La taille ressemble à un grand essieu. Membres, mains, coudes, sont la circonférence de la roue ».

Le calme de l’esprit
D’après Tung, tous les mouvements sont composés de cercles. La meilleure méthode est de neutraliser la force de l’attaquant. La neutralisation est basée sur la théorie taoïste du Yin et du Yang, de la fermeté et de la souplesse, du négatif et du positif. Chacun est la cause de l’autre. Les mouvements sont lents. Ils s’accordent au calme de l’esprit. Ils n’ont pas d’interruption. Ils s’écoulent régulièrement, sans arrêt du début à la fin et les soucis quotidiens restent à l’extérieur. Les postures priment à l’esprit, et l’esprit n’embrasse rien d’autre que les postures.
C’est la combinaison de la force mentale et de la force physique qui donne aux exercices cette grâce et cette élégance qui rappellent la danse. Ils ont des noms poétiques comme « étreindre la queue du paon », « jouer de la guitare », « reculer et repousser le singe », « agiter les mains comme des nuages ». La pratique reconstruit le soi intérieur tout autant que le corps. Elle développe la conscience des forces cosmiques et de la nature. « L’avantage des exercices, dit Tung, est qu’on peut les pratiquer n’importe quand et n’importe où. L’étudiant débutant a besoin d’une plus grande place tout d’abord, puis il pourra pratiquer les postures dans un espace de quatre pieds carrés « .
Bien que le Taï Chi Chuan soit une branche de la boxe, il rejette paradoxalement la tradition de bravoure et de force. Ainsi, quand un expert en Taï Chi Chuan rencontre un adversaire qui le frappe, il se soumet et tire avantage de l’élan de cet adversaire qui, ne rencontrant pas de résistance, est poussé ou tiré en déséquilibre, et alors jeté au sol. « Si vous êtes attaqué par un homme de votre taille, vous pouvez utiliser de la force contre lui, raisonne Tung. Mais, pouvez-vous appliquer de la force contre quelqu’un qui a deux fois votre taille ? Non. Vous devez utiliser sa taille à votre avantage ; vous anticipez ses mouvements et cédez à sa force ; vous le déséquilibrez puis vous le couchez par vos propres mouvements ». Anticipation et sensibilité, selon Tung, sont développés par les exercices des « mains collantes » (ou Tuï Shou). Les étudiants placent l’arrière de leurs poignets et avant bras, l’un contre l’autre. Puis ils les bougent en un large cercle, chacun essayant de deviner le mouvement de l’autre et de leur faire perdre l’équilibre. Les deux restent calmes pendant l’exercice. Seuls bras et poignets bougent. Le contact avec la main de l’adversaire est maintenu sans interruption. Chacun n’est guidé que par le sens du toucher. A la plus petite pression de l’adversaire, l’étudiant cède ; au plus petit recul, il adhère. Le plan est de suivre l’adversaire comme son ombre. Une longue pratique permet à l’enseignant d’anticiper les mouvements de l’adversaire bien avant qu’il ne les fasse.

Imaginer l’adversaire
« L’étudiant ne doit pas oublier que le Taï Chi Chuan a aussi un propos pratique, dit Tung. Chaque mouvement a une application au combat. Pendant les exercices, vous imaginez tout le temps un adversaire devant vous. C’est la base de l’entrainement à la Self Défense. » L’application du Taï Chi Chuan à la Self Défense réside surtout dans l’aptitude à interpréter l’énergie. Tung continue : « Vous devez anticiper sur chaque mouvement de l’adversaire, bouger avant lui. Mais ne pas bouger s’il ne bouge pas ».
« C’est pour cela que les Tuï Shou sont importants, souligne Tung. Ils vous permettent de développer votre sensibilité, ce qui est la base de l’aptitude à interpréter la force. Quand vous atteindrez un niveau supérieur dans l’interprétation, votre sensibilité sera vive et pointue. Vous pourrez esquiver un coup par réflexe, même s’il arrive derrière vous. Le Taï Chi Chuan développe-t-il la résistance et le souffle comme la course renforce un boxeur ? » C’est tout à fait le cas répond Tung. « Les exercices sont d’abord lents, puis très rapides. Les séries entières de mouvements durent au moins 35 minutes. Cela demande déjà pas mal de résistance. Cependant, ajoute-t-il, le boxeur n’apprend que l’utilisation de la force et du pouvoir externe, l’étudiant en Taï Chi Chuan apprend à utiliser aussi bien le pouvoir interne « .

Ecrit par John Shirota en Aout 1972 pour Blackbelt n° 47250
Traduction pour Karaté Bushido: Anya Méot

extrait de Karaté Bushido N°197

Il est comme un rocher qui a connu l’assaut de millions de vagues. Il ressemble aussi à la nature, si calme avant la tornade. Son visage est le reflet d’un mental apaisé et d’un esprit enrichi par une vie de maîtrise et de perception. Et surtout, lorsqu’il prend une posture, c’est toute l’authenticité du tai chi que Maître Tung Kai-Ying exprime alors à travers son mouvement décontracté et puissant à la fois. Né à Pékin, Kai-Ying Tung a commencé à enseigner le tai chi à l’âge de 17 ans. Pour ce maître de la troisième génération l’enseignement n’est pas un vain mot. Parcourant la planète de long en large, dispensant des cours en Californie (il y habite), dans le Colorado ou en France, au Danemark ou d’autres pays européens, Maître Tung est l’infatiguable professeur qui se ressource régulièrement en Asie. Témoin privilégié des différences culturelles entre l’Orient et l’Occident Tung Kai-Ying Insiste sur la valeur de la tradition et des relations entre le Maître et ses élèves-disciples.

Un lien véritable
La grande différence, c’est l’intensité. En Occident, vous venez et payez une cotisation et vous vous attendez à avoir quelque chose à rapporter chez vous. En Chine, l’étudiant deviendra l’apprenti du Maître, cela sera une sorte de relation père-fils. C’est une situation plus détendue, car elle se fait à long terme. Il ne s’agit pas d’une chose d’une semaine, d’un mois, d’une année. Le long terme est supérieur pour apprendre. Dans la vieille Chine, l’étudiant habitait chez le Maître. La relation quotidienne créait un lien entre eux. Le Maître était responsable des actions de l’étudiant. S’il n’approuvait pas son comportement il réprimandait ou le battait. Quand le Maître devenait vieux, le disciple avait la responsabilité de prendre soin de lui. Bien sûr, il y avait aussi des étudiants réguliers qui venaient simplement chercher une instruction, payaient et s’en allaient. Mais il ne s’agissait pas d’approcher un maître et de dire : je veux être votre disciple. Il y avait un fort long processus d’examen des antécédents de l’étudiant éventuel. Cette investigation incluait le genre de travail qu’avait fait l’élève, toute question relative à des offenses criminelles, un bilan de caractère. Il n’était pas limité à l’étudiant lui-même mais incluait ses parents et grand-parents. C’était une pratique contrôlée très rituellement.

Tai chi et self défense
La Tung’s Academy of Tai Chi de Los Angeles respecte une formation traditionnelle : les étudiants avancés aident à l’instruction des débutants, pendant que Maître Tung enseigne directement aux autres. Le principal groupe d’étudiants suit à chaque cours le déroulement habituel qui inclut l’enchaînement long de la forme lente avec ses 81 mouvements, la pratique des Tui Shou et les formes rapides. En même temps, de petits groupes de débutants évoluent à travers les formes individuelles. Chacun progresse ainsi à son propre rythme. Tung enseigne l’application de chaque mouvement en self-défense comme une pleine dimension du tai chi. A ce propos il observe :  » Par définition, le tai chi chuan est concerné par la self-défense. Mais bien des gens qui viennent aux cours ne sont pas en bonne santé et doivent d’abord renforcer leur corps. Il faut les reconstruire physiquement avant qu’ils puissent apprendre à utiliser les formes.  » Une partie de cette reconstruction est accélérée par l’usage des variations rapides de l’enchaînement, variations développées par le grand -père de Tung, qui fut un maître éminent du style Yang. Les formes rapides sont presque identiques, en formes et séquences individuelles, à la forme Yang lente. Mais les mouvements sont plus compacts et faits brusquement. L’observation de la forme rapide révèle clairement où les coups de poing, de pied, et parades émergent de la fluidité du mouvement de base. Mais Tung ne pense pas qu’il faille apprendre la forme rapide pour apprendre les applications :  » Si votre professeur travaille là dessus, vous apprendrez la forme lente. La forme rapide, elle, est très utile pour donner de la résistance. Les deux rendent vigoureux.  »

Acupuncture et plantes médicinales
En outre, Tung enseigne la pratique des Tui Shou (poussées des mains ou  » push hands « ) le sabre, l’épée, la lance et les applications libres. Intégrées originellement au répertoire de base des arts martiaux, les armes aident de nos jours à développer la subtilité. Un autre aspect du tai chi chuan généralement négligé en occident, dit Tung, est sa relations avec les arts de l’acupuncture et des plantes médicinales. Les maîtres d’arts martiaux se devaient jadis d’étudier ces domaines car l’on manquait de médecins. Aussi devinrent-ils très habiles en médecine préventive et de soutien. L’art martial défensif était là pour combattre le  » mal « . La connaissance de la médecine et des plantes médicinales aidait le  » bien « . Le maître pouvait utiliser l’acupuncture et les solutions de plantes ainsi que les massages dans son enseignement, confie Tung. Dès que l’étudiant entrait dans un exercice difficile, il le frictionnait.  » Ainsi, le disciple apprenait la pratique des méridiens, des points de pression et des remèdes de plantes en même temps qu ‘il complétait son entraînement. L’étudiant régulier, mais qui n ‘habitait pas chez le maître, n ‘avait pas l’occasion de bénéficier de ces connaissances.  »

Lignage et authenticité
 » Le premier principe du tai chi est d’apprendre à se calmer, physiquement et mentalement ; cela conduit au parfait contrôle. C’est en vérité un exercice de l’esprit, qui est entraîné à fonctionner en accord et en harmonie idéale avec la volonté « , rappelle maître Tung. Mais si toutes les écoles travaillent à cela, pourquoi ce qui concerne le rapport avec la forme change-t-il ? Parce que, selon l’optique chinoise traditionnelle, l’authenticité de l’enseignement et son lignage sont d’importance. « Bien des étudiants ne savent pas quelle forme de tai chi ils apprennent et qui est leur profeseur. La façon correcte est de connaître le professeur, le professeur du professeur, et toute la hiérarchie  » explique le Maître. Derrière l’image du lignage d’un style, il y a le fait que l’art n’était pas enseigné publiquement en Chine jusqu’à il y a environ un siècle. Les formes ont été préservées pendant des générations par certaines familles. Tandis qu’érudits et chercheurs détiennent les idées les plus variées sur l’origine du tai chi chuan, elle est attribuée à Chang San Feng, un sage taoïste de la fin de la dynastie Sung. L’histoire de la découverte du tai chi chuan est célèbre mais les développements de l’art sont obscurcis par le temps. On admet généralement que Chang San Feng enseigna au Temple du Nuage Blanc sur le mont Wu et qu’après sa mort, l’art fut apporté en la province de Shensi où Wang Tsung Yueh fut célèbre en tant que grand Maître. La pratique fut alors préservée dans le clan Chen de Houan pendant des générations.

Sérénité intérieure
Vers la fin du 19e siècle, un certain Yang Lu Chan, natif de Hopei, entendit parler du tai chi. Pour apprendre les techniques il s’engagea dans la domesticité des Chen. Quand il fut découvert, son habileté était déjà si grande qu’on le lui enseigna de façon complète. Yang Lu Chan enseigna à Pékin et on l’appela alors Yang l’insurpassable. Malgré de longs siècles d’évolution, malgré le nombre et la diversité des Maîtres, le tai chi chuan maintient toujours l’envergure des propos de son fondateur : un art qui incorpore les principes du yin et du yang dans le mouvement. La raison pour laquelle il faut l’étudier avec diligence est, selon les mots de Tung, qu' »/lne s’agit pas de manifester force ou puissance, mais d’atteindre la sérénité intérieure et de découvrir son soi.  »

Reportage Jean-Paul Maillet

Traduit de l’Américain par Anya Méot pour Jean-Paul Maillet et Karaté Bushido

extrait de Karaté Bushido N°203

Se peut-il que l’énergie circulaire date d’une époque révolue dans le Tai Chi Chuan ? Elle a temporairement disparu dans la forme Yang pendant les quarante années de l’âge noir du Tai Chi Chuan en Chine, après la mort de Yang Cheng-Fu, et n’a été conservée que par la famille Tung.
Le Tai Chi Chuan Classique dit : « D’abord, essayez de faire des mouvements larges, puis essayez de faire des mouvements plus courts ; ainsi votre Tai Chi deviendra épuré et impénétrable. » Dans la forme longue, vous devez faire de longs pas et des mouvements bas. Vous devez toujours écarter les cuisses pour ouvrir les articulations du bassin et former un cercle avec vos jambes et avec vos pieds à chaque pas. Vous ouvrez les aisselles et faites un cercle avec les bras, ce qui amènera les mains à former un autre cercle. Vous sentez votre énergie couler doucement à travers chaque partie de votre corps. C’est l’entraînement de base pour votre santé mais cela vous permet en outre d’intégrer différents raffinements dans votre Tai Chi. Ce ne sera qu’après avoir longtemps pratiqué la forme longue que vous pourrez pratiquer la forme courte.
Dans la véritable forme courte, vous devez faire des pas plus petits, mais toujours en pliant très bas. Vous devez toujours ouvrir vos cuisses, ouvrir vos aisselles, et former des cercles avec vos bras pour déplacer vos mains dans des mouvements circulaires contrôlés, comme vous le faites dans la forme longue. C’est un exercice difficile. Le Tai Chi Chuan en solo enseigné par Yang Cheng-Fu est une forme longue pour grand public. Tung Ying-Kieh », après l’avoir assimilé, en dégagea une forme courte pour les pratiquants avancés.

La forme courte
Chaque posture correspondait à un mouvement de self-défense active. Il se servit du modèle « Lent et Rapide » tel que le Tai Chi Chuan était enseigné à ses origines, et l’appela la « Forme Rapide de Tung Ying-Kieh » (Ying-Kieh Kwaï Chuan). C’est une combinaison de postures courtes et basses. Il y avait inclus toutes les exigences que l’on trouvait déjà dans la forme longue de Yang Cheng-Fu. Dans les instructions de Tung Ying-Kieh, il est expliqué : « Vous devez emmagasiner votre énergie dans les mouvements lents et la faire jaillir dans les mouvements rapides, avec une vivacité plus importante. Ce n’est qu’après trois années, au moins, de pratique du Tai Chi Chuan que vous serez en mesure de comprendre cet enchaînement rapide ». Le chapitre concernant le « Kwaï Chiian » de Tung Ying-Kieh dans son livre de 1948 a été écrit par son fils Tung Hu-Ling. Ce sont aussi des photos de Tung Hu-Ling qui l’illustrent. Si, se référant simplement aux photographies, on essaie de copier les postures, en descendant les genoux très bas et en faisant des pas plus petits, on comprend que cette forme ne s’adresse pas aux débutants mais aux experts hautement entraînés. Combiner pas courts et position basse, ouverture des cuisses en arc, arrondi des bras pour former des cercles avec les mains, dans toutes les directions, avec un maximum d’énergie et de vivacité, là est toute la difficulté. Il est incorrect d’appeler la combinaison de pas courts avec une position du corps très haute « la forme courte ». Dans une majorité des cas, vous effectuez des cercles avec votre taille, cercles de courts diamètres et de petite circonférence pour que la spirale d’énergie soit plus puissante dans les membres. Avec les cuisses en arc, ouvrez les aisselles et faites des cercles avec les bras -vous sentez un immense flux d’énergie circuler à l’intérieur de tout votre corps. Avec une attention particulière apportée à la forme des mouvements, vous sentez l’énergie se transmettre d’un mouvement à l’autre, naturellement, comme dans la forme longue.
Lorsque Maître Tung faisait ses démonstrations, il se déplaçait tranquillement avec une grande concentration, d’une manière très vive, pour un petit nombre de mouvements enchaînés, puis il poursuivait par quelques mouvements rapides. Il incluait quelques pirouettes et quelques bonds pour tourner dans les différentes directions. Ses démonstrations étaient si vivantes que c’était un réel spectacle artistique, d’une très grande qualité.

Suivre son instinct
Tung Ying-Kieh avait une maxime pour la pratique du Tai Chi Chuan : « Suivez les règles, digérez les règles, inspirez-vous des règles, mais ne déviez jamais des règles. » Il disait aussi : « Pour devenir habile, vous devez suivre votre instinct. Vos mouvements et votre repos, ombres et lumières, ouvertures et fermetures, tout se met peu à peu en ordre ; alors votre instinct se révèle pleinement. » C’est exactement une description du Tai Chi Chuan que fait son fils, Maître Tung Hu-Ling. Dans ses vives exécutions, quand le but n’était pas d’enseigner, il semblait en mesure de faire tout ce qu’il voulait. Ses mouvements étaient tout à fait conformes aux principes du Tai Chi Chuan. Nous fûmes invités, Maître Tung et moi, à une démonstration lors d’une « soirée » à Honolulu. Les organisateurs avaient supposé qu’une petite estrade surélevée, prévue normalement pour les discours, lui suffirait pour faire sa démonstration. Maître Tung n’hésita pas une minute : il monta sur la plate-forme et toujours dans sa très belle position longue et basse, il commença à effectuer des cercles gracieux de ses bras. Au lieu de réduire ses pas à cause du manque de place, il a simplement changé certains de ses pas avant en pas arrière ou sur le côté. Tout était toujours conforme aux principes du Tai Chi Chuan. On ne pouvait y voir aucun compromis. Avec cette énergie venant toujours de la taille, ses mouvements étaient toujours très puissants, vifs et esthétiques. Ce fut là un exemple d’interprétation des lois sans dévier des lois. Mais lors de cette fête, je dus demander un espace plus important pour le sabre et l’épée.
Dans l’application en self-défense, vous ne distinguez pas, chez Maître Tung, les mouvements décrits dans les livres tels que « parer un coup, tirer, presser, pousser, donner un coup d’épaule, pousser du coude », etc. qui sont les mouvements standard des tournois. Avec des mouvements très courts, avec une énergie puissante venant de sa taille extrêmement souple, il pouvait faire n’importe quel mouvement pour défaire son adversaire sans que celui-ci puisse réaliser la raison de sa défaite. Là encore, c’était interpréter les lois sans s’en écarter. Dans l’enseignement et dans les démonstrations, bien sûr, on ne voyait pas tant de mouvements exceptionnels, mais je pense que c’est lors des démonstrations du Tai Chi à l’Epée que sa vivacité et son énergie étaient le plus appréciées. Je n’ai pas véritablement de mots pour décrire sa superbe exécution. Le grand poète ~Du Fu~ de la dynastie des ~Tang Nang~ a écrit un poème « L’éloge de la performance de mademoiselle ~Gung Sun~ à l’Epée », où l’on trouvait des expressions fameuses telles que : « Un dieu chevauchant un dragon dans le ciel » et « Eclairs et tonnerre illuminaient ciel et terre ».
Ce sont des emphases poétiques qui s’appliquent parfaitement à la performance de Tung. Sur un rythme varié, sa gestuelle, son expression, sa puissance, sa vivacité, ses mouvements circulaires effectués en larges et courts diamètres, chaque mouvement, avec la force souple de tout le reste du corps, était déroulé en spirale ascendante, se propageant par le bras jusqu’à l’arme.
Chaque détail de son Tai Chi à l’Epée semblait placé avec un réel goût artistique. C’est la signification de l’interprétation des lois sans dévier de ces lois. Si, dans nos cours, les élèves lui demandaient, comme d’habitude, de montrer quelque chose, il répondait « Montrer quoi ?. Si, parce que j’aimais surtout son Tai Chi à l’Epée je disais : « L’Epée… » Alors il demandait « De quelle façon ? » et la classe répondait « Rapide et lent ». Ses mouvements rapides et lents étaient très esthétiques et très vifs. S’il levait son épée et restait sur place il disait : « Aujourd’hui, je vais essayer de vous apprendre quelque chose sinon vous me volerez tout. » Et lorsqu’il montrait, il y avait effectivement quelque chose de nouveau à chaque fois. A mon retour à la maison, je pratiquais toujours les nouveaux mouvements studieusement, à la recherche de la perfection et je les incorporais au reste de l’enchaînement, jusqu’à ce que cela devienne souple et harmonieux. Lorsque j’effectuais une démonstration, au cours suivant, le nouveau mouvement y était.
Si les étudiants venaient me trouver pour que j’explique le nouveau mouvement, je m’écriais immédiatement : « je l’ai volé ! » parce que je ne voulais pas que la classe imagine que je prenais des cours privés avec Maître Tung. De cette façon, j’ai appris toujours plus et plus de mouvements particuliers de mon maître. S’il avait enseigné ces mouvements d’une manière formelle lors d’un cours, il aurait eu à expliquer tout en détail et à faire des corrections sans fin dans les cours suivants, et le résultat ne serait toujours pas satisfaisant. Dans sa manière d’enseigner, il proposait toujours ces techniques à ceux qui étaient capables de les assimiler, sans que quiconque sente la moindre frustration. Les élèves aimaient aussi le côté divertissant de ses cours.
Il n’est pas vrai que ce que vous lui voliez, il ne vous aidait pas à l’améliorer ; si vous pouviez faire le mouvement volé assez correctement, avec un petit défaut, il vous aidait à vous améliorer. Par exemple, dans l’enchaînement à l’Epée il y a un passage où vous effectuez trois pas en avant : pied gauche, pied droit, pied gauche à nouveau. Lors d’une démonstration, il changea les deux pas à gauche par des bonds. J’aimais beaucoup ces mouvements et je les pratiquais assez correctement. Le cours suivant, je montrai le mouvement, et je changeai les trois pas par des bonds. A la fin, il me signala simplement que mon mouvement serait meilleur si je faisais deux bonds, le second pas devant rester un pas marché. De retour chez moi, je découvris en m’exerçant qu’il avait raison. Aussi je devins plus attentif, plus calme dans mes mouvements, mais plus vif aussi. Ainsi le plus n’est pas le meilleur. A chaque nouvelle démonstration, il ajoutait un ou même deux de ces mouvements spéciaux. Lorsque j’essayais d’ajouter plus d’un mouvement particulier à la fois, je sentais que le résultat n’était pas bon. Encore une fois le plus n’est pas le mieux. Lorsque j’ai, à mon tour, essayé d’innover en ajoutant un des mouvements particuliers, le résultat n’était pas bon non plus. Là est la différence entre un maître et un élève. En dépit de son exécution irréprochable, Maître Tung restait très modeste et n’en parlait jamais. Devant cette attitude, ses élèves ne lui ont jamais fait aucune publicité, ni publié quoi que ce soit le concernant. C’est la raison pour laquelle il était très peu connu aux Etats-Unis, si l’on compare à d’autres professeurs de Tai Chi Chuan. Il n’a jamais émis aucune critique à l’égard des autres professeurs ou des autres styles. En fait, il n’a jamais dit : « mauvais » à ses élèves. Il faisait simplement des corrections. Cette attitude reflétait peut-être sa grande qualité dans l’enseignement du Tai Chi Chuan. Son fils Tung Kaï-Ying, après avoir enseigné à Hong Kong, en Thaïlande, à Singapour, en Malaisie, enseigne à Los Angeles, depuis 1971, le dernier style de Yang Cheng Eu, comme son père et son grand-père. Il voyage aussi pour enseigner régulièrement à San Francisco. En plus de la direction de séminaires et de stages dans différentes villes des Etats-Unis, il parcourt l’Europe, trois fois par an pour donner des cours en Finlande, Italie, France, Norvège, Suède, Suisse et retourne régulièrement enseigner en Asie.

LA FAMILLE DE TUNG HU-LING
La famille de Tung Hu-Ling comprend :
La famille de Tung Kaï-Ying, son fils aîné, avec Charmine son épouse, avec ses enfants Sara, Chen Weï, Esther et Christina, tous à Los Angeles.
Dong Zen-Chen son dernier fils qui a pour fils Alex Da De Dong,
Son frère Tung Jy Bo, qui vit en Chine, ses soeurs Tung Wah ainsi que sa dernière soeur Jasmine Chan à Hong Kong,
Sa femme Li Feng, ses soeurs Dong Chio-Rung et Dong Xiaio-Rung
Et seize petits enfants.

Article paru dans T’ai Chi, « the leading international magazine of T’ai chi ch’uan » publié en Californie, vol 17 n°1 février 1993
avec la contribution de Wu Ta-Yeh et de Henry » Chip » Ellis. Et paru aussi à l’été 1993 au Danemark dans Taichi NYT
Traduit par Anya Méot pour Karaté Bushido n°203 juin 1993

extrait de Karaté Bushido N°202

Tung Hu-Ling ou Dong Hu-Ling(1917-1992) était l’un des plus distingués maîtres de Tai Chi Chuan. Sa mort est une perte immense pour le style traditionnel de Yang Cheng-Fu. Né au cours de l’année du Tigre, il fut surnommé « Tigre des Montagnes », « Hu » signifiant Tigre et « Ling » signifiant Montagne. Il est né à Ren Xian dans la province du Hopeï près de la ville natale du fondateur du style Yang : Yang Lu-Chan. Son père Tung Ying-Kieh ou Dong Yingjié (1886-1961) fut l’unique personne à suivre Yang Cheng-Fu (1883-1936) durant vingt années, d’abord comme élève à Pékin, puis comme son dernier assistant-professeur pour ses classes à Guangzhou (Canton) jusqu’en 1936, année où Yang Cheng-Fu mourut. En 1931, Tung Ying-Kieh écrivit le texte du livre « Applications du Tai Chi Chuan » incluant les dernières photographies de Yang Cheng-Fu, et le publia à Shanghaï sous la double signature de Yang et de Tung. Ce livre évoquait le dernier style de Yang Cheng-Fu.

Une association bénéfique
II l’accompagna dans les différentes provinces, à la rencontre de nombreux maîtres d’arts martiaux de différentes écoles. Leur très faible différence d’âge, et une longue association, permirent tout naturellement au cours des années à Tung de suivre Yang dans le perfectionnement progressif de son art. Alors que Chen Wei-Ming (1881-1956) représentait le style « première manière » des années 1920 de Yang Cheng-Fu, Tung Ying-Kieh et son fils Tung Hu-Ling représentaient le style « abouti » de Yang avant sa mort en 1936….. Après la mort de Yang Cheng-Fu en 1936, Tung Ying-Kieh continua à enseigner la forme lente à ses élèves à Guangzhou. Durant l’invasion japonaise de la Chine en 1937, il enseigna à Hong Kong. Durant la Seconde Guerre mondiale, il enseigna à Macao. Après la guerre, il retourna à Hong Kong où il fut rejoint par son fils aîné, Hu-Ling en 1947. S’établissant à Hong Kong, ils ont, au cours de tournées, enseigné en Thaïlande, en Malaisie, et à Singapour. Tung Ying-Kieh publia un livre en 1948, « Le Tai Chi Chuan expliqué » et Tung Hu-Ling publia à son tour, en 1958, « Applications du Tai Chi Chuan ». A la mort de son père en 1961, Tung Hu-Ling et son propre fils Tung Kaï-Ying continuèrent à enseigner à Hong Kong, en Thaïlande, en Malaisie, et à Singapour. Depuis 1968, en plus de l’Extrême-Orient, Tung Hu-Ling enseignait aussi à Honolulu. En tant qu’élève de Maître Tung Hu-Ling, je peux seulement témoigner de ma propre expérience. Laissez-moi, tout d’abord, vous décrire ses méthodes d’enseignement, parmi les plus évoluées.

« Creuser la poitrine, étirer le dos »
Un jour, alors que le maître effectuait une démonstration de la première partie de l’enchaînement dans le style traditionnel de Yang Cheng-Fu, je me plaçai sur son côté gauche pour bien le voir. Dans son « brosser le genou droit et presser la paume gauche en avant », son omoplate gauche semblait pointer un peu plus en avant que d’habitude, alors que son mental et son regard s’étendaient aussi très loin. Ayant vu tout cela, je l’imitai. Après sa démonstration, il déclara : « Aujourd’hui j’ai ajouté quelque chose de nouveau et personne ne l’a remarqué, mais j’ai vu du coin de l’oeil que Monsieur Wu l’avait noté et imité ». Personne dans la classe ne demanda de quoi il s’agissait mais je compris qu’il avait découvert quelque chose de nouveau et que je l’avais imité correctement. J’ai non seulement appliqué ce principe à cette posture, mais ensuite, j’ai graduellement procédé de cette façon pour tout l’enchaînement, et découvert que je parvenais à mieux équilibrer l’énergie et le mental. Durant toutes mes années d’études, je n’ai lu aucun ouvrage traitant du Tai Chi Chuan. Et c’est seulement à ma retraite en 1972 que j’ai commencé à collecter tous les livres et les articles sur le sujet et à les étudier sérieusement. J’ai noté la phrase : « Creusez la poitrine, étirez le dos. » C’était la première des douze maximes essentielles de Li Yi-Ju (1832-1892), phrase que j’ai ensuite retrouvée dans les dix maximes de Yang Cheng-Fu.
La seule explication se trouvait dans le livre de Chen Wei-Ming de 1925, laquelle n’était pas vraiment claire. Mais de toute façon, personne n’offrait de meilleure explication. Et puis j’ai réalisé que ce que j’avais appris au cours des démonstrations de Maître Tung Hu-Ling était exactement l’illustration de cette maxime. Je découvris que mon énergie interne circulait doucement à travers mon dos, ma poitrine et mes bras, reliant l’énergie développée dans les jambes, les hanches et la taille. Ainsi l’énergie interne circulait dans tout le corps. En 1978, un nouvel enchaînement inspiré des postures de Yang Cheng-Fu est établi par un comité de dix experts à Taiwan. Dans les instructions du manuel en question, on expliquait que la phrase « creuser la poitrine et élever le dos » signifiait à peu près : « une poitrine plate, sans relief et un dos droit », minimisant son sens réel. En Chine continentale, d’éminents experts condamnèrent cette forme. « Est-il possible que cette forme, si bien mise en valeur par Yang Cheng-Fu, soit amenée à disparaître après sa mort, conservée uniquement par Tung Ying-Kieh et Tung Hu-Ling ? Personne ne le sait. » Pour corriger la vision que pouvait en avoir le grand public, j’ai publié un article en 1988 « Creuser la poitrine, étirer le dos, et le jaillissement de l’énergie de la colonne vertébrale ». Dans les journaux importants traitant du Tai Chi Chuan et des arts martiaux, à Taiwan et en Chine continentale, je parlais en outre des conditions requises, des conseils pour la pratique, de son rôle en autodéfense et pour la santé de chacun. J’ajoutais des exemples concrets de la pratique de la forme Yang traditionnelle, illustrés par quelques postures spécifiques. Personne ne s’est élevé pour m’apporter la moindre objection. Les raisons pour lesquelles les véritables explications sur la pratique de cette forme ont été perdues ne viennent pas du fait que les grands maîtres voulaient garder leurs secrets. Avant que les élèves ne relâchent réellement les ligaments des articulations de leurs épaules, la pratique de cette forme provoque une rigidité, une tension qui peut avoir des effets négatifs sur la santé et l’autodéfense. C’est la raison pour laquelle, lors des cours, Maître Tung devait enseigner la forme d’une manière très délicate, n’autorisant l’apprentissage qu’aux élèves dont le corps était préparé mais sans pour cela délaisser et frustrer les autres. Il faut beaucoup de temps aux élèves pour acquérir les techniques supérieures et subtiles. La guerre et les changements politiques en Chine, après la mort de Yang Cheng-Fu ne permettaient pas à un élève normal l’étude sérieuse auprès d’un grand maître, pour acquérir toutes ces techniques. Par bonheur, la famille Tung était hors de Chine durant toute cette période. Ainsi eut-elle l’opportunité de transmettre toutes ces techniques supérieures à ses élèves.

Quelque chose de nouveau…
Une autre histoire peut être citée : un jour, après son retour de Hong Kong, le maître déclara : « Aujourd’hui je vais vous enseigner quelque chose de nouveau ». Il se plaça solennellement et fit les deux premiers mouvements : « Mouvement préparatoire » et « Début du Tai Chi Chuan », levant et baissant les bras très lentement. Personne ne posa la moindre question. Après le départ du maître, un des élèves avancés dit : « Oh ! après tant d’années d’apprentissage il y a toujours quelque chose de nouveau à apprendre. Quand aurons-nous donc fini ? ». J’ai gardé le silence. J’avais noté la différence mais ne pouvais pas l’expliquer. Après beaucoup de temps passé à imiter et à pratiquer assidûment, j’ai découvert que mon énergie circulait beaucoup mieux durant ces mouvements. Ces deux postures sont correctement appelées « Préparatoire » et « Début du Tai Chi Chuan » parce qu’elles génèrent le flux d’énergie et progressivement le développent pour le propager aux mouvements suivants. Quand j’ai dû poser cela sur le papier pour les instructions du cours, et pour mon manuscrit, cela prenait plusieurs pages dactylographiées. En comparaison de tout ce qui a pu être écrit sur le Tai Chi Chuan, mon traité peut être considéré comme volumineux. Lorsque nous enseignons de cette manière, nous indiquons aux débutants comment se sentir dans leur corps. Ils ont suffisamment de sensations proprioceptives durant la première leçon pour garder un intérêt certain quant à la suite. D’ailleurs les élèves avancés habitués à ces perceptions continuent à les intensifier, et leur énergie s’améliore encore durant ces postures.

« Mains magiques »
Un autre exemple pour illustrer ceci : comme dans toute forme d’art, même le meilleur des professeurs ne peut condenser l’ensemble de ses connaissances et de son habileté pour les divulguer à ses élèves. Mais des personnes suffisamment aptes, intéressées et accomplies parviendront à les acquérir par l’imitation, la pratique studieuse et la perception. Chen Xin (1848-1929) considérait que l’énergie circulaire ou « Chansijin » était le thème central du Tai Chi Chuan. Il appliqua cette énergie à chacune des postures du style Chen. Mais ce style utilise beaucoup de force dans les mains, alors que mains et doigts sont courbés vers le bas. On dit aussi que les mains dirigent le corps. Les auteurs ont presque unanimement reconnu que cette sorte d’énergie n’était pas applicable aux autres styles où les mains sont souples. Tung Ying-Kieh, dans son livre de 1948 a mis en valeur l’énergie circulaire de l’ensemble du corps. « Quand cette énergie circulaire monte en spirale depuis la taille, passant par les bras relâchés, les mains souples, les mains sont détendues mais toujours puissantes. » C’est la raison pour laquelle le « Tai Chi Chuan Classique » ne dit pas « Force dans les mains » mais « Force qui se manifeste dans les mains et dans les doigts ».
Utiliser la puissante énergie circulaire, montant en spirale, passant par les bras détendus et par les mains souples, c’est exactement ce que Maître Tung Hu-Ling effectuait à chaque mouvement. Alors que sa propre énergie circulaire prenait naissance dans ses pieds, montait à travers ses jambes et, dirigée par la taille, jaillissait au bout de ses doigts – ainsi qu’il est exactement décrit dans le « Tai Chi Chuan Classique » – son Tai Chi devenait puissant, et paraissait pourtant très doux. Maître Tung parvenait parfaitement à ce mélange de douceur et de force, technique considérée comme la plus difficile. Des spectateurs ne saisissant pas le mouvement de la taille de Maître Tung ont souvent qualifié ses mains de magiques à cause de leur souplesse. Ce n’est qu’après une pratique longue et studieuse que les élèves parviennent à laisser réellement les mains bouger passivement guidées par les mouvements circulaires de la taille. Pour que ce mouvement circulaire devienne subtil, changeant de direction dans de très légers arcs de cercles alors que chaque mouvement est réfléchi et magnifié par les mains, il faut un très haut degré de pratique. Lorsque ses paumes relâchées suivaient parfaitement sa taille dans chacune des variations du cercle pour évoluer comme si elles flottaient dans les airs, gracieusement, il méritait son surnom de « Mains magiques ». Je n’ai jamais vu ou entendu parler d’un pratiquant de Tai Chi Chuan évoluant de cette façon. Après avoir longtemps observé attentivement et imité les gestes de mon professeur, j’ai réussi à intégrer ces techniques dans la pratique quotidienne de mon Tai Chi Chuan, incluant la réponse des mains à chaque changement mineur de la position de la taille. Mais mes mains sont loin d’être magiques. Quoi qu’il en soit, mes élèves avancés savent aussi faire monter la spirale d’énergie de la taille pour repousser un adversaire, sans que ce dernier ne ressente le moindre choc. En 1985, une série d’articles parut en Chine. Le sujet en était : « L’énergie circulaire est-elle applicable à d’autres styles que le style Chen ? ». La majorité se référant à la forme du « Tai Chi Chuan simplifié » répondit « non ». Un faible nombre d’auteurs considérait que cette technique particulière ne pouvait en fait s’expliquer concrètement. Je publiais un article en chinois en 1986, « Energie circulaire et enveloppante dans le style Yang », à Taiwan et sur le territoire de la Chine continentale. L’article expliquait aussi que cette même technique n’était pas applicable au « Tai Chi Chuan simplifié » parce que cette méthode raccourcie ne permettait pas les raffinements subtils propres à la forme traditionnelle de Yang Cheng-Fu. Lorsque j’envoyais une copie de cet article à Ku Lu-Xing qui avait étudié la forme Yang auprès de Yang Cheng-Fu et de Chen Pake, et qui était l’un des co-auteurs de l’ouvrage de référence « Le Tai Chi Chuan de style Chen » paru en 1963, il approuva totalement mon application de l’énergie circulaire dans le style Yang traditionnel. Et se référant à mon article, il admit en outre qu’il y avait certaines imperfections dans l’explication du principe de l’énergie circulaire dans son propre livre. Ma Hung, président de l’association du Tai Chi Chuan Chen à Shijiazhung, la capitale de la province de Hopeï m’écrivit et m’expliqua ceci : « Bien que les ouvrages traitant du style Chen mettent en valeur la force circulaire au niveau des mains, leur énergie est aussi basée sur le mouvement circulaire de la taille » ainsi que je l’avais déjà démontré pour le style Yang. D’ailleurs, il est clair que cet art de l’énergie circulaire a été transmis par la famille Chen au fondateur du style Yang, Yang Lu Chan. Avec une puissance accrue dans la souplesse, le style Yang écarta toute force intentionnelle dans les mains, les exigeant relâchées. Lorsque les mains relâchées de Maître Tung devenaient totalement passives, répondant au plus léger mouvement circulaire de la taille, ses mains devenaient magiques.

Article paru dans T’ai Chi, « the leading international magazine of T’ai chi ch’uan » publié en Californie, vol 17 n°1 février 1993
avec la contribution de Wu Ta-Yeh et de Henry » Chip » Ellis
et traduit par Anya Méot pour Karaté Bushido

DOM TOM

Marianic Lapaix-Thomassin

Marianic ThomassinAu Tampon (Réunion Sud) l’asso Montagne des deux pics www.montagne-des-2-pics.com
Marianic Lapaix-Thomassin (BP amci) 06 88 74 39 09 marianiclapaix@gmail.com avec René Fontaine (CM amci) et Annick Collavoli (assistante) 06 92 94 77 24 annick.collavoli@laposte.net

 

A Saint Denis, (Réunion Nord) l’asso FAGC  avec Jean-Luc Labarrère, ancien élève de Linda Schmitt à Tarbes, et CM amci 2014 jean-luc.labarrere@laposte.net

Jaqueline Parenty

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Joël Valentin

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